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La crise sahélienne, de 2012 aux retraits de 2023-2024

Définition et enjeu

Le Sahel forme une bande semi-aride traversant le continent d'ouest en est, du Sénégal à l'Érythrée selon les définitions les plus larges, et couvrant au sens restreint des États tels que le Mali, le Niger, le Burkina Faso, le Tchad et la Mauritanie. Cette transition climatique explique une vulnérabilité accrue aux variations pluviométriques et à la pression sur les ressources pastorales — un terreau propice à l'installation durable de groupes armés.

L'enjeu pour un candidat est de restituer une chronologie devenue dense en quinze ans : effondrement sécuritaire de 2012, interventions militaires étrangères successives, scission jihadiste, vague de coups d'État de 2020 à 2023, puis recomposition institutionnelle par le retrait de trois États de la CEDEAO. Aucune de ces séquences ne se comprend isolément.

Auteurs et références

Le Mouvement national de libération de l'Azawad lance en janvier 2012 une offensive à visée indépendantiste dans le nord du Mali, profitant de la déstabilisation consécutive à la chute du régime libyen. Il est rapidement supplanté dans les villes du nord par des groupes islamistes armés — Ansar Dine, le Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest et Al-Qaïda au Maghreb islamique — qui y imposent leur autorité jusqu'à l'intervention française.

Déclenchée le 11 janvier 2013 à la demande des autorités maliennes après la prise de Konna, l'opération Serval stoppe l'avancée des groupes armés vers Bamako et permet la reprise des principales villes du nord. Elle est remplacée en août 2014 par l'opération Barkhane, de dimension régionale, elle-même achevée en novembre 2022 ; l'opération Sangaris, distincte, se déroule à la même période en République centrafricaine.

Le G5 Sahel réunit à partir de février 2014 la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad autour d'une coopération sécuritaire et de développement, dotée à partir de 2017 d'une force conjointe à mandat antiterroriste. L'organisation perd l'essentiel de sa substance après les retraits successifs du Mali en mai 2022 puis du Burkina Faso et du Niger début décembre 2023 ; ses deux derniers membres, le Tchad et la Mauritanie, en actent la dissolution formelle le 6 décembre 2023 — l'organisation n'existe donc plus juridiquement, et pas seulement « affaiblie » comme on le lit parfois.

Sur le plan jihadiste, le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans, coalition formée en mars 2017 autour d'Iyad Ag Ghaly et fédérant notamment Ansar Dine, prête allégeance à Al-Qaïda ; l'État islamique au Grand Sahara, fondé par Adnan Abou Walid al-Sahraoui en 2015 dans la mouvance rivale de l'État islamique, lui est opposé par les armes sur plusieurs théâtres sahéliens.

La région traverse ensuite une vague de coups d'État concentrée sur trois pays. Au Mali, un premier coup d'État renverse le président Ibrahim Boubacar Keïta en août 2020 ; un second, en mai 2021, écarte les autorités de transition civiles et porte le colonel Assimi Goïta à la tête de l'État. Au Burkina Faso, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba renverse en janvier 2022 le président Roch Marc Christian Kaboré, avant d'être à son tour évincé en septembre 2022 par le capitaine Ibrahim Traoré. Au Niger, la garde présidentielle détient le président Mohamed Bazoum le 26 juillet 2023, avant que son commandant, le général Abdourahamane Tiani, ne soit proclamé chef de l'État deux jours plus tard ; la CEDEAO menace alors d'une intervention militaire qu'elle ne mettra finalement pas à exécution.

La charte du Liptako-Gourma, signée le 16 septembre 2023 dans ce contexte, institue l'Alliance des États du Sahel comme pacte de défense mutuelle entre les trois pays. Le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la CEDEAO, notifié le 28 janvier 2024, devient effectif un an plus tard, conformément au traité révisé de l'organisation, le 29 janvier 2025.

Repères

  • Janvier 2012 : offensive du MNLA. Janvier 2013 : opération Serval.
  • Février 2014 : création du G5 Sahel. Août 2014 : opération Barkhane.
  • 2015 : fondation de l'EIGS. Mars 2017 : formation du GSIM.
  • 2020-2023 : coups d'État au Mali (2), Burkina Faso, Niger.
  • 6 décembre 2023 : dissolution formelle du G5 Sahel.
  • Septembre 2023 : charte du Liptako-Gourma. Janvier 2024-2025 : retrait effectif de la CEDEAO.

Lecture africaine

Cette crise est la plus documentée du continent pour la période récente et sert de cas d'école à trois raisonnements attendus en composition. D'abord, la corrélation entre effondrement sécuritaire et instabilité institutionnelle : les coups d'État de la séquence 2020-2023 s'expliquent en grande partie par l'incapacité perçue des pouvoirs civils à endiguer la violence armée, argument invoqué par chacun des putschistes.

Ensuite, la recomposition des alliances extérieures : le retrait des forces françaises s'accompagne d'un repositionnement vers d'autres partenaires, dont des sociétés militaires privées russes, en parallèle de la rupture avec la CEDEAO et de la dissolution du G5 Sahel.

Enfin, la fragmentation jihadiste devient un objet d'analyse à part entière : la rivalité GSIM-EIGS n'oppose pas un bloc unifié aux États, mais des projets concurrents, aux modes d'administration des populations parfois très différents.

Piège de jury

Confondre les deux vagues d'intervention française, Serval et Barkhane : la première, strictement malienne, stoppe l'avancée de 2013 ; la seconde, régionale, s'achève en 2022 sans avoir résolu la menace jihadiste. Sangaris, en Centrafrique, est une opération distincte, souvent confondue faute d'attention à la géographie.

Second piège : présenter le retrait des trois États de la CEDEAO comme immédiat. Il est notifié en janvier 2024 mais ne devient effectif qu'un an plus tard, conformément aux règles de retrait du traité révisé de l'organisation — un délai souvent omis.

Troisième piège : présenter le G5 Sahel comme une organisation seulement « affaiblie » par les départs successifs de ses membres. Elle a été formellement dissoute le 6 décembre 2023 par ses deux derniers membres — la présenter comme toujours active, même sous une forme réduite, est une erreur factuelle, non une simple imprécision.

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