La géopolitique de l'énergie
Définition et enjeu
La géopolitique de l'énergie ne se réduit pas à l'histoire du pétrole : elle articule la formation d'un cartel producteur, la notion de sécurité énergétique, et une transformation en cours qui déplace la dépendance stratégique des hydrocarbures vers les minerais critiques nécessaires à la transition bas-carbone. Ce déplacement, plutôt qu'une disparition des dépendances géopolitiques, est le fil conducteur le plus attendu sur ce sujet.
L'enjeu pour un candidat est de ne jamais présenter la transition énergétique comme la fin des rapports de dépendance énergétique, mais comme leur recomposition vers de nouveaux acteurs.
Auteurs et références
L'Organisation des pays exportateurs de pétrole est fondée le 14 septembre 1960 lors de la conférence de Bagdad par l'Arabie saoudite, l'Iran, l'Irak, le Koweït et le Venezuela, pour coordonner les politiques pétrolières de ses membres face aux grandes compagnies occidentales alors dominantes. Le premier choc pétrolier, souvent confondu avec cette date de fondation, intervient treize ans plus tard : décidé les 16 et 17 octobre 1973 par les pays arabes membres de l'OPEP réunis au sein de l'OAPEC, en riposte au soutien occidental à Israël pendant la guerre du Kippour, il fait quadrupler le baril en quelques mois, d'environ 3 à plus de 11 dollars entre octobre 1973 et janvier 1974, précipitant une récession dans les économies occidentales dépendantes des importations pétrolières.
La notion de sécurité énergétique, au cœur du mandat de l'Agence internationale de l'énergie fondée le 18 novembre 1974 à la suite de ce choc pétrolier, combine plusieurs dimensions : disponibilité physique des approvisionnements, diversité des fournisseurs et des sources, capacité financière à absorber les chocs de prix, et résilience des infrastructures. Un pays peut être producteur d'énergie sans être en sécurité énergétique, si son économie demeure exposée à la volatilité des cours ou à une dépendance excessive envers un partenaire unique.
La vulnérabilité des points de passage maritimes à la sécurité énergétique n'est plus seulement théorique : le détroit d'Ormuz, par lequel transitait jusqu'alors environ un quart du pétrole mondial et un cinquième du gaz naturel liquéfié échangé dans le monde, est fermé de facto depuis le 28 février 2026, dans le contexte de la guerre déclenchée par les frappes israélo-américaines contre l'Iran, qui a coûté la vie au guide suprême Ali Khamenei. Cet événement illustre de façon spectaculaire la dimension géopolitique, et pas seulement économique, de la sécurité énergétique.
Si la part des énergies renouvelables progresse rapidement dans la production électrique mondiale, environ 30 % selon l'Agence internationale de l'énergie, les combustibles fossiles continuent de fournir l'essentiel de la consommation énergétique mondiale totale, environ 86 % selon l'Energy Institute en 2025, notamment dans les transports et l'industrie lourde. La confusion la plus fréquente consiste à généraliser le chiffre de l'électricité à l'ensemble de la consommation énergétique, ce qui surestime largement l'avancée réelle de la transition.
Cette transition, fondée sur l'électrification des transports et le développement des renouvelables, accroît la demande en minerais critiques : selon l'Agence internationale de l'énergie, une voiture électrique nécessite en moyenne six fois plus de ressources minérales qu'un véhicule thermique équivalent, et un parc éolien terrestre neuf fois plus de matières premières critiques qu'une centrale à gaz de puissance comparable. La transition énergétique déplace donc davantage qu'elle n'élimine les dépendances géopolitiques : la dépendance aux hydrocarbures d'hier cède la place à une dépendance aux minerais critiques et aux capacités de transformation industrielle, dont la Chine, qui assure environ 90 % du raffinage mondial des terres rares, constitue l'exemple le plus net.
Repères
- 14 septembre 1960 : fondation de l'OPEP à Bagdad.
- 16-17 octobre 1973 : décision de l'OAPEC, premier choc pétrolier.
- 18 novembre 1974 : fondation de l'Agence internationale de l'énergie.
- 2021 : rapport de l'AIE quantifiant l'intensité minérale des technologies bas-carbone (facteur 6 pour un véhicule électrique, facteur 9 pour un parc éolien terrestre).
- 2025 : selon l'Energy Institute, les combustibles fossiles fournissent encore environ 86 % de la consommation énergétique mondiale totale.
- 28 février 2026 : fermeture de facto du détroit d'Ormuz, dans le contexte de la guerre d'Iran de 2026.
Lecture africaine
Le continent africain occupe une position ambivalente dans cette recomposition énergétique mondiale : producteur d'hydrocarbures pour plusieurs de ses économies, notamment le Nigeria et l'Algérie, il concentre aussi une part majeure des réserves de minerais critiques nécessaires à la transition bas-carbone, en particulier le cobalt congolais, traité en détail dans la fiche consacrée aux ressources critiques. Cette double exposition — dépendance aux hydrocarbures pour certaines économies, potentiel stratégique minier pour d'autres — place plusieurs États africains au cœur de la recomposition géopolitique énergétique en cours, sans qu'aucune de ces deux positions ne garantisse à elle seule une capacité accrue à peser sur les termes de l'échange.
Piège de jury
Affirmer que la transition vers les énergies renouvelables élimine toute dépendance géopolitique liée à l'énergie. Elle la déplace vers les minerais critiques et les capacités de transformation industrielle, sans la faire disparaître — la Chine y occupant une position dominante comparable à celle des grands producteurs pétroliers d'hier.
Second piège : généraliser la part des renouvelables dans la production électrique à l'ensemble de la consommation énergétique mondiale. Les deux chiffres sont très différents, et confondre l'un avec l'autre surestime largement l'avancée réelle de la transition.