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La relation russo-ukrainienne, de Budapest à l'invasion de 2022

Définition et enjeu

La guerre russo-ukrainienne n'a pas commencé en février 2022 : c'est une erreur de datation fréquente, qui masque une séquence longue de presque trente ans où se sont accumulés un désarmement nucléaire mal garanti, deux révolutions politiques internes, une annexion territoriale et un conflit armé non résolu dans le Donbass depuis 2014.

L'enjeu pour un candidat est de restituer cette chronologie complète plutôt que la seule escalade de 2022, et de savoir situer précisément chaque accord — Budapest, Minsk I, Minsk II — dans son objet propre, aucun ne réglant ce que le suivant laissera lui aussi en suspens.

Auteurs et références

Le mémorandum de Budapest, signé le 5 décembre 1994, organise le transfert à la Russie de l'arsenal nucléaire présent sur le sol ukrainien depuis l'éclatement de l'URSS, contre des assurances de sécurité et de respect de l'intégrité territoriale de l'Ukraine. Ces assurances, dépourvues d'un caractère contraignant comparable à une garantie de défense formelle, n'empêcheront pas l'annexion de la Crimée vingt ans plus tard.

La révolution orange de l'hiver 2004-2005 conteste une élection présidentielle jugée frauduleuse et porte au pouvoir une orientation pro-occidentale, sans rupture territoriale. La révolution de Maïdan, à l'hiver 2013-2014, est provoquée par le refus du pouvoir de signer l'accord d'association avec l'Union européenne ; elle chasse le président Viktor Ianoukovytch en février 2014.

L'annexion de la Crimée intervient dans la foulée, en mars 2014, après l'occupation de la péninsule par des forces non identifiées puis un référendum organisé le 16 mars, jugé sans validité juridique par la résolution 68/262 de l'Assemblée générale des Nations unies, adoptée le 27 mars 2014. La guerre du Donbass s'ouvre quelques semaines plus tard, à partir d'avril 2014 — prise de Sloviansk par des combattants irréguliers le 12 avril —, opposant forces ukrainiennes et séparatistes soutenus par la Russie.

Le protocole de Minsk (Minsk I), signé le 5 septembre 2014, est conclu par le Groupe de contact tripartite (Ukraine, Russie, OSCE), avec le soutien diplomatique du format Normandie (Ukraine, Russie, France, Allemagne), créé en juin 2014. Minsk II, en février 2015, est en revanche directement négocié lors d'un sommet des dirigeants du format Normandie, avant d'être formalisé par le Groupe de contact tripartite. Les deux textes organisent un cessez-le-feu et un processus politique pour le Donbass, sans jamais être pleinement mis en œuvre, et ne traitent pas du statut de la Crimée, objet d'un contentieux distinct déjà tranché unilatéralement par Moscou l'année précédente.

L'invasion à grande échelle du 24 février 2022 constitue une escalade majeure vers une guerre interétatique de haute intensité — non le commencement du conflit, qui court en réalité depuis 2014.

Repères

  • 1994 : mémorandum de Budapest.
  • 2004-2005 : révolution orange. 2013-2014 : révolution de Maïdan.
  • Mars 2014 : annexion de la Crimée.
  • Avril 2014 : ouverture de la guerre du Donbass.
  • Septembre 2014 et février 2015 : accords de Minsk I et II.
  • 24 février 2022 : invasion russe à grande échelle.

Lecture africaine

La guerre russo-ukrainienne a directement affecté le continent par deux canaux. Le premier est alimentaire : l'Ukraine et la Russie comptant parmi les principaux exportateurs mondiaux de céréales, l'interruption puis la reprise contrainte des exportations via l'initiative céréalière de la mer Noire ont pesé sur la sécurité alimentaire de plusieurs États importateurs nets, notamment en Afrique du Nord et au Sahel.

Le second est diplomatique : les votes des États africains aux résolutions de l'Assemblée générale condamnant l'invasion se sont révélés hétérogènes, entre soutien, abstention et non-participation — une fracture souvent lue comme un indicateur de la compétition d'influence entre puissances occidentales et Russie sur le continent, cette dernière s'appuyant notamment sur des réseaux de sécurité privés déployés au Sahel et en Centrafrique.

Piège de jury

Dater le début du conflit russo-ukrainien de février 2022. Les combats dans le Donbass et l'annexion de la Crimée datent de 2014 : 2022 marque une escalade vers une guerre interétatique ouverte, non l'origine du différend.

Second piège : confondre Minsk I et Minsk II, ou leur attribuer le règlement du statut de la Crimée. Les deux accords portent exclusivement sur le Donbass ; la Crimée, annexée en 2014, n'y figure pas.

Troisième piège : attribuer indifféremment les deux accords de Minsk au « format Normandie ». Seul Minsk II est directement issu d'un sommet de ce format ; Minsk I est un texte du Groupe de contact tripartite, le format Normandie n'y ayant joué qu'un rôle de médiation en amont — une distinction institutionnelle fine mais réelle, que les jurys aiment vérifier.

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