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Terrorisme et guerre irrégulière — concepts et instruments

Définition et enjeu

Le terrorisme est l'une des rares notions de sécurité internationale à ne disposer d'aucune définition juridique consensuelle, malgré des décennies de négociation. Cette absence n'empêche pas l'existence d'un arsenal juridique et opérationnel dense, construit par instruments sectoriels plutôt que par un cadre unique — une architecture que la lutte contre le terrorisme au sens large déborde, en y ajoutant des leviers financiers, judiciaires et sociaux qu'une approche strictement militaire ne couvre pas.

L'enjeu pour un candidat est de ne jamais confondre le terrorisme, mode d'action visant délibérément les populations civiles à des fins de terreur et de communication politique, avec la guerre irrégulière, mode d'action militaire plus large évitant l'affrontement frontal, que peuvent pratiquer aussi bien des insurgés que des forces régulières.

Auteurs et références

Malgré de nombreuses tentatives, notamment dans le cadre de la négociation d'une convention générale sur le terrorisme international, les États membres des Nations unies ne sont jamais parvenus à s'accorder sur une définition unique du terrorisme, les désaccords portant en particulier sur le statut des mouvements de libération nationale et sur l'exclusion ou non des forces armées régulières. Chaque instrument sectoriel, tel que les conventions sur le détournement d'aéronefs ou le financement du terrorisme, définit son objet dans son champ propre plutôt que de renvoyer à une définition générale.

La résolution 1373 du Conseil de sécurité, adoptée à l'unanimité le 28 septembre 2001 après les attentats du 11 septembre, impose à tous les États des obligations contraignantes, notamment la criminalisation du financement du terrorisme et le gel des avoirs des personnes et entités concernées, et crée un comité de suivi chargé d'en vérifier l'application. Elle ne définit cependant pas juridiquement le terrorisme, ce qui laisse aux États une marge d'appréciation dans sa mise en œuvre — illustration concrète de l'absence de consensus définitionnel malgré l'existence d'obligations opérationnelles précises.

Le Groupe d'action financière, créé en 1989 initialement pour lutter contre le blanchiment de capitaux, élabore des recommandations devenues la référence internationale en matière de lutte contre le financement du terrorisme, et évalue la conformité des juridictions nationales à ces standards, sans disposer lui-même de pouvoirs de police.

Sur le plan conceptuel, la guerre irrégulière désigne un mode d'action militaire évitant l'affrontement frontal, pratiqué aussi bien par des insurgés que par des forces régulières recourant à des tactiques asymétriques ; le terrorisme désigne un mode d'action fondé sur la violence délibérée contre des populations civiles à des fins de terreur et de communication politique. Un même groupe armé peut combiner les deux, mais les confondre conceptuellement affaiblit l'analyse attendue en composition.

Une composition qui réduirait la lutte contre le terrorisme à sa seule dimension militaire est jugée incomplète par la littérature spécialisée, documentée notamment par l'International Crisis Group et des chercheurs sahéliens : une approche focalisée sur la seule action cinétique, sans traitement du financement, de la justice, de la gouvernance locale et des dynamiques sociales exploitées par les groupes armés, produit des succès tactiques rarement transformés en résolution durable, comme l'illustrent les opérations françaises Serval (janvier 2013-août 2014) puis Barkhane (2014-2022) au Sahel.

Repères

  • 1989 : création du Groupe d'action financière.
  • 28 septembre 2001 : résolution 1373 du Conseil de sécurité.
  • Janvier 2013 : lancement de l'opération Serval au Mali.
  • 1er août 2014 : transition vers l'opération Barkhane.
  • 9 novembre 2022 : annonce de la fin de l'opération Barkhane.

Lecture africaine

Le Sahel constitue le cas d'école le plus cité pour illustrer l'insuffisance d'une réponse strictement militaire au terrorisme : les opérations Serval puis Barkhane, examinées dans la fiche consacrée à la crise sahélienne, obtiennent des succès tactiques réels — dont l'élimination de chefs jihadistes comme Abdelmalek Droukdel en 2020 — sans parvenir à une résolution durable, faute d'un traitement suffisant de la gouvernance locale et des dynamiques sociales exploitées par les groupes jihadistes. Cette leçon, documentée par plusieurs organismes de recherche dont le CSIS et l'Institut Montaigne, est aujourd'hui un point de passage quasi obligé de toute composition sérieuse sur le terrorisme contemporain en Afrique.

Piège de jury

Traiter guerre irrégulière et terrorisme comme des synonymes interchangeables. Le premier est un mode d'action militaire général, praticable par des forces régulières comme par des insurgés ; le second cible délibérément des civils à des fins de terreur — un même groupe peut combiner les deux, ce qui ne les rend pas identiques conceptuellement.

Second piège : présenter la résolution 1373 comme fournissant une définition juridique du terrorisme. Elle impose des obligations contraignantes précises — criminalisation du financement, gel des avoirs — sans jamais définir juridiquement la notion elle-même.

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